Guerline est esclave dans d’autres foyers que le sien depuis l’âge de cinq ans. Elle doit travailler et elle dort à même le sol. Mais un jour, un homme lui dit qu’elle a le droit d’aller à l’école ...
A l’âge de cinq ans Guerline va vivre chez une femme inconnue dans une autre ville, loin de chez elle. Sa mère dit que c’est mieux là-bas. Elle est la plus jeune de six frères et sœurs et maman et papa n’ont pas toujours de quoi la nourrir.
Chez la femme, Guerline mange à sa faim, mais elle doit travailler. Elle va chercher l’eau et le bois et aide à la cuisine. Elle dort sur une couverture à même le sol et ne joue que s’il reste du temps entre les tâches ménagères.

Le lendemain, la nouvelle dame, qui s’appelle Magalie, vient chercher Guerline et l’emmène dans la capitale.
Magalie montre la maison où Guerline va vivre et travailler. Dans la maison, il y a aussi une autre femme avec ses enfants. Ils sont plus âgés que Guerline et vont à l’école.
- Tu dormiras ici, dit Magalie en désignant le sol près de la table de la cuisine.
Les autres enfants et les adultes dorment dans des lits, mais Guerline dormira sur des couvertures à même le sol.
Lorsque Guerline fait ses courses, elle passe souvent devant une école où les enfants jouent dans la cour, avec leur bel uniforme. Parfois, elle rencontre des enfants sur le chemin de l’école. Guerline n’a pas d’amis. Les autres enfants de la maison et ceux qu’elle voit dans la rue, jouent après avoir faits leurs devoirs. Guerline a rarement le temps de se joindre à eux, il y a tellement à faire dans la maison.
À dix ans, Guerline décide qu’elle aussi ira à l’école. Elle veut un uniforme scolaire, des camarades, et apprendre des choses comme n’importe quel autre enfant.
– Quand irai-je à l’école, elle demande à Magalie.
– Tu n’as pas le temps. Et nous n’avons pas d’argent pour ça. Et puis, tu as déjà dix ans. Tu aurais dû commencer quand tu avais six ans, répond Magalie.
Il y a aussi un autre problème. Guerline n’a pas de certificat de naissance, un document montrant quand et où elle est née et qui sont ses parents. Sans un tel document, personne, en Haïti, ne peut commencer l’école.

– Pourquoi Guerline ne va pas à l’école ? C’est son droit de le faire. De plus, notre école est située juste à côté de votre maison, dit l’homme.
– Nous n’avons ni argent ni certificat de naissance, répond Magalie.
– Ce n’est pas nécessaire dans notre école, dit l’homme. Dans notre école, il y a beaucoup d’autres enfants qui vivent avec d’autres familles que la leur.
C’est alors que Magalie entend parler des Droits de l’Enfant et de la loi haïtienne, disant que tous les enfants doivent aller à l’école.
On a promis à Magalie que Guerline resterait chez elle pour travailler. Elle ne veut pas que Guerline aille à l’école plusieurs heures par jour.
– Ça ne fait rien. Elle doit aller à l’école. Elle viendra chez nous quatre heures par jour, vous lui donnerez du temps pour faire ses devoirs et ensuite elle pourra continuer à vous aider à la maison, explique un travailleur social de Zanmi Timoun.
Le premier jour d’école est difficile. Guerline est timide. Mais c’est le jour le plus heureux de sa vie. Un rêve s’est réalisé. Pourtant, Guerline continue à dormir sur le sol et doit se lever tôt pour faire la cuisine, le ménage, la lessive et les courses.
Guerline commence à ressentir le mal du pays. Maman et papa lui manquent ainsi que ses frères et sœurs. Pourquoi ne pourrait-elle pas vivre avec eux et aller à l’école là-bas ? Après deux ans d’école, Zanmi Timoun l’aide à aller rendre visite à sa famille. Guerline a douze ans et cela fait sept ans qu’elle n’est pas retournée chez elle.
Maman, papa et ses frères et sœurs sont heureux de la voir. Guerline leur dit fièrement qu’elle a commencé l’école. Elle joue avec ses frères et sœurs, mais dans les champs il y a beaucoup à faire. Lorsque les fermiers ont besoin d’aide, la famille travaille dans leurs champs pour gagner quelque argent.
- Il faut que tu aides, toi aussi, dit maman.
Et voilà que Guerline, n’est plus l’écolière en visite pas dans sa famille. Elle n’est plus qu’une personne supplémentaire qui contribue aux finances de la famille. En retournant à Port-au-Prince après les vacances d’été, elle se promet de ne plus jamais revenir à la maison.
Elle a toujours très envie de revoir sa famille, mais pas au prix de devoir travailler aussi pour ses parents. Son avenir passe par l’école.

Personne ne vit aussi près de l’école que Guerline. Beaucoup doivent faire de longs trajets en bus. Parce qu’ils doivent aussi travailler là où ils vivent, ils sont souvent en retard. Lorsque les enfants sont obligés de travailler comme domestiques, ils ont rarement le temps de faire leurs devoirs. Les enseignants de l’école le savent. Au lieu de punir les élèves qui n’ont pas fait leurs devoirs ou qui sont en retard, ils parlent aux élèves pour s’assurer qu’ils vont bien.
Parfois, les enfants leur disent qu’ils sont battus dans la famille avec laquelle ils vivent. Ou qu’on les gronde. Ils viennent à l’école avec des bleus. Guerline est obligée de s’occuper seule de toute la famille. Elle se sent dévalorisée et pleure quand personne ne la voit.
Le rêve de Guerline est de terminer l’école et de démarrer une entreprise. Zanmi Timoun pourra fournir un soutien financier et lui accorder un prêt quand elle aura dix-huit ans. Elle économisera l’argent qu’elle gagnera pour faire une formation d’infirmière.
– J’y pense souvent en
récurant le plancher, dit Guerline.
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